Un orang-outan, ça meurt énormément (mais il peut en être autrement)

01.02.2019

BIODIVERSITÉ - Pour ce premier numéro de In Vivo Veritas, on vous raconte une histoire à se liquéfier. Celle de l’huile de palme tueuse d’orangs outans. OUI, vous en avez mille fois « entendu » parler. Mais savez-vous VRAIMENT ce qui se cache derrière l’exploitation de cette ressource oléagineuse omniprésente dans nos vies ? Plus important encore, connaissez-vous les alternatives et solutions pour arrêter d’en consommer ? 

 

 

 © Les Pandas Roux

 

 

 

1970. L’orang-outan se la coule douce dans la forêt primaire.

Cette petite bête, de la famille des primates, qui mesure 1m10 pour 40kg - 1m40 pour 90kg pour les plus beaux spécimens - coule des jours paisibles en Asie du Sud-Est, en Malaisie et sur les îles de Sumatra et Bornéo en Indonésie, pour être précis.

 

Jusqu’au milieu des années 1970, l’orang-outan - dont le nom malais signifie littéralement “homme de la forêt” - passe son temps à déambuler dans les plaines et forêts humides à la recherche de fruits, de feuilles et d’insectes pour se sustenter.

 

Pas peu fier de sa souplesse, qu’aucun autre primate n'égale, il se divertit en se touchant les chevilles avec les bras, le tout en restant debout (ça vous en bouche un coin, non ?). Bref, c’est pas le cirque du soleil, mais la vie est belle sous la canopée. 

 

 

 

Nez à nez avec les bulldozers 

 

Depuis les années 1970, la belle vie, c’est fini !

Aujourd’hui, son territoire est quasi exclusivement cantonné à l’île de Bornéo, qui concentre à elle seule 87% des specimens. Et le nombre d’individus a été divisé par 2 en moins de 20 ans. La raison de cette hécatombe ? La déforestation. 

 

Ah mais c’est horrible ! Ben il faut arrêter la déforestation alors !”, nous direz-vous avec votre accent de groupie qui attend la montée des marches devant le Midem à Cannes. 

Et vous aurez parfaitement raison. Mais les industriels, principalement responsables de cette déforestation massive, n'ont pas l'intention de calmer le jeu côté pelleteuse. 

 

Reprenant vos esprits après cette info choc, vous nous demandez : “Mais pourquoi ils déforestent, au fait ?” En voilà une question intéressante. Pour y répondre et pour que vous compreniez bien, il nous faut enfiler notre blouse, chausser nos lunettes et attraper notre grimoire... on va vous raconter une histoire.

 

 

Quand sauvegarder la forêt primaire devient secondaire

 

Quand on parle de la déforestation en Indonésie, on parle de la destruction d'une des trois plus grandes forêts primaires du monde, aussi appelée forêt vierge, dont la spécificité est d’être intacte ou originelle, c’est-à-dire n’ayant jamais été détruite, exploitée, fragmentée ni directement ou manifestement influencée par l’Homme. Bref, un vrai trésor de biodiversité ! 

 

Enfin ça, c’était avant. Parce que, pour l'industrie, l'avantage de la forêt primaire, c'est surtout qu'elle regorge de ressources. Et chez les multinationales, on n'est pas là pour admirer le paysage mais plutôt pour les extraire, les ressources, les transformer en produits alléchants et les vendre aux consommateur.trice.s que nous sommes.

Et elles sont multiples : bois, minéraux et huile de palme. Entre autres. 

 

En résumé, le modèle économique des industriels (mais aussi de petits producteurs locaux) c’est d’arriver, de raser la forêt pour revendre le bois, foutre le feu derrière pour fertiliser les terres et replanter des palmeraies dont il extrairont de l’huile de palme quatre années plus tard avec des rendements quatre fois supérieurs à ceux du soja ou du colza par exemple. Il est pas beau le modèle économique bien huilé !

 

 

Quand jaillit la solution...

 

« Ah, il suffit qu’on arrête le Nutella alors ? ». Non, ce serait trop simple ! 

Mais on note vos efforts de compréhension. Ne lâchez pas. 

Effectivement, le Nutella contient 20% d’huile de palme et c’est pour cette raison qu’il est généralement pointé du doigt. Mais le Nutella ce n’est que le palmier qui gâche la forêt. Enfin, l’arbre qui cache la forêt. L’huile de palme est omniprésente dans notre vie quotidienne. Près d’un tiers de nos produits quotidiens en contient : chocolat, crème glacée, snacks, biscuits, gel douche, cosmétiques, mousse à raser, lessive, etc. 

 

 

 

 

« Ils sont partout, dans les campagnes... »

 

Cette omniprésence de l’huile de palme dans nos produits de consommation est une mauvaise nouvelle pour nous tous. Cela fait de nous des complices de la déforestation et, par conséquent, de la disparition d’espèces comme l'orang-outan (éléphants, tigres, rhinocéros)… La bonne nouvelle, c’est que maintenant, nous savons. On va pouvoir passer à l’action. Car si les ONG comme WWF, les scientifiques, les associations locales et certaines professions comme les agriculteurs en France luttent depuis des années pour enrailler ce phénomène en proposant un cadre réglementaire et des alternatives pour une production durable, nous avons aussi notre rôle à jouer... 

"Ben quoi, on arrête de consommer ?” 

 

Ah… tout de suite, la commedia dell'arte ! Mais non, on n’arrête pas de consommer. On réduit simplement la cadence... On consomme moins mais mieux. Par exemple, pour le goûter, on remplace les BN par une pomme (bio, locale et de saison la pomme ! Ah ben oui...). À l’apéro, on remplace les Doritos par des radis et du houmous. En plus d’être écologiques, ces alternatives sont saines et éthiques. Et on arrête la crème anti-ride. On la remplace, par exemple, par des injections de collagène. ON DÉCONNE ! 

Et pour ceux qui sont prêt.e.s à changer radicalement leur mode de consommation, de nombreuses initiatives comme l’association edeni - dont on a déjà parlé - peuvent vous mettre le pied à l’étrier. 

 

 

Enfin, n’oubliez pas, quand c’est open bar pour l’homme, c’est la biodiversité qui trinque. 

 

 

 

 

PS : Attention, fourbe, l’industrie cache bien son jeu (et sa palme) et utilise de nombreux noms différents pour la dissimuler. Vous la retrouverez sous ces petits noms : palm, stear, lauryl, pour les produits cosmétiques & huiles végétales, huile palmiste, graisse de palme, graisse palmiste, oléïne de palme, stéarine de palme pour les produits alimentaires)

 

SOURCES :

> http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0101654

> http://www.fao.org/DOCrEP/005/Y4355E/y4355e03.htm#TopOfPage

https://www.wwf.fr/champs-daction/alimentation/matieres-premieres-agricoles/huile-palme

https://www.rspo.org/about

http://www.mirova.com/Content/Documents/Mirova/publications/VF/Etudes/MIROVA_ETUDE_HuiledePalme_vf.pdf

https://www.geo.fr/photos/reportages-geo/deforestation-en-indonesie-161035

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