Bac 2017 : cette année, la perle (rare) vient d’une prof

03.07.2017

ÉDUCATION - Valoriser les « belles choses » des écrits et des oraux du bac plutôt que de moquer les candidats pour leurs « perles », c’est la chouette initiative de Françoise Cahen, professeure de lettres dans le Val-de-Marne. Comme c’est l’esprit « Pandas Roux » et qu’on adore, on s’empresse de partager avec vous. 

 

 

« Le général de Gaulle est enterré à Colombey, dans deux églises »… On ne va pas se mentir, on a tous ri (au moins une fois) devant les désormais célèbres « perles » du bac. Boulettes provoquées par le stress ou symptômes de lacunes plus profondes, ces loupés des candidats perlent sur le net dès les premières copies corrigées. Cela nourrit les sempiternels « c’est la preuve que le niveau baisse » que Françoise Cahen, professeure de lettre, est lasse d’entendre. Alors cette année, elle a décidé de contre-attaquer en créant le site des « anti-perles du bac ».

 

 

Renverser la vapeur

 

« L’idée n’est pas de féliciter les élèves qui produisent une bonne récitation, mais d’encourager l’inventivité, l’originalité, la rencontre personnelle d’un élève avec un texte », confie-t-elle dans une interview au Monde. Et de l’inventivité et de l’originalité, cette cuvée 2017 en a fait preuve. D’éclairs de génie même, comme le prouve la conclusion d’une dissertation sur « La parole en spectacle » de cet élève en bac pro :

 

« La puissance des mots doit être prise au sérieux car des mots bien pensés peuvent panser bien des maux ».

 

Magistral. Ce sont « ces choses merveilleuses {qu’elle voit} passer tous les ans » qui nourrissent le site « les anti-perles du bac » de Françoise, mis en ligne le 4 juillet 2017, la veille des résultats. Et ce n’est qu’un début.

 

 

Un démarrage sur les chapeaux de roue mais la route est longue

 

Françoise a conscience que les « perles » ont un potentiel comique bien plus important que ses anti-perles. Qu’importe, elle ne baissera pas les bras. Elle luttera contre cette idée reçue (et fausse) « qu’avant, tous les élèves étaient excellents et que le niveau baisse d’année en année », comme le suggérerait le flot de perles déversées chaque année sur les réseaux sociaux : « Avec mes collègues, on se demande comment on peut aller jusqu’à photographier une copie horrible pour la partager », s’interroge-t-elle. « Il y a presque de la jubilation à trouver les élèves nuls ». Pas faux.

 

Pour redorer l’image des aspirant-bacheliers (et de l’Éducation nationale), la route sera longue, donc. Mais Françoise peut d’ores et déjà compter sur l’aide de certains de ses collègues. Magali Muriello, professeur de français et jury à l’oral à ses côtés abonde dans son sens : « J’ai eu une jeune fille en oral de français qui a mimé une scène de “Figaro”, quasiment sans regarder le texte. Une autre m’a magnifiquement bien lu un poème de Ronsard, auquel on a pourtant du mal à intéresser les élèves du XXIe siècle. Son commentaire, ensuite, était extraordinaire ». Encourager plutôt que démolir : pas inintéressant comme méthode pédagogique…

 

En 48h d’existence, le site ne cesse d’enregistrer de nouvelles anti-perles et les remerciements de parents d’élèves affluent. Espérons que ça dure et que les pairs de Françoise seront nombreux à lui adresser leurs perles de créativité et d’inventivité. En attendant, elle peut compter sur le talent de ses élèves.

 

 

Oral Bac de Français 

Un jeune homme, habillé de façon "street", après une question de culture G sur le mythe de Sisyphe, s'écria :

"Ce qu'on appelle une raison de vivre est en même temps une excellente façon de mourir." 

 

 

Écrit d'invention du bac S (expérience du visionnage d'un film traitant du sujet des migrants) 

"Quel héros a plus de courage qu'un enfant prêt à traverser mille tempêtes afin de fuir celles qui l'habitent ?"

 

 

Devoir d'invention, écrit du bac Français (extrait)

"Des trois soldats, un seul eut le courage de regarder vers la caméra. Il me bouleversa. Au-delà d'un homme, je vis la souffrance. Au-delà de ses yeux, je vis l'horreur. Pas seulement la sienne, mais aussi la mienne. Je voyais en ces yeux l'origine de toute souffrance."

 

 

 

 

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