Plastic Odyssey, l’expédition qui veut s’attaquer à la pollution plastique dans le monde (entre autres)

17.04.2019

ENVIRONNEMENT – Au printemps 2020, les membres d’équipage de Plastic Odyssey embarqueront sur un navire de 30 mètres, propulsé en partie grâce aux déchets plastiques. L’objectif ? Faire le tour du monde dans le but de partager les solutions de lutte contre la pollution plastique. Simon Bernard, responsable de l’expédition, nous raconte les enjeux écologiques, solidaires et culturels qui se cachent derrière le projet.

 

© Les Pandas Roux - Plan d'illustration autres droits réservés 

 

 

Jeune officier de la marine marchande, Simon Bernard a parcouru les océans pendant plusieurs années. Au cours de cette expérience, il prend conscience de l’ampleur de la pollution plastique dans les océans qui, au passage, augmente de 18 000 tonnes chaque minute. Oui, oui... À ce rythme, il y aura plus de plastique dans l’eau que de poissons en 2050. Une catastrophe écologique peu visible puisque seul 1% du plastique présent dans les océans flotte. 

 

C’est lors d’une escale à Dakar que Simon est confronté à la racine du problème : l’omniprésence des déchets plastiques sur terre qui, emportés par les vents et les cours d’eau, gagnent inéluctablement l’océan. Au-delà du désastre écologique, il se rend compte qu’au milieu de ses décharges sauvages, les gens vivent dans la pauvreté, sans travail et dans des conditions sanitaires plus que précaires. Lui vient alors l’idée de transformer le déchet en ressource.

 

 © Plastic Odyssey

« L’idée, c'est de créer une sorte de catalogue de solutions qui vont pouvoir être répliquées partout et de faire naître des petites entreprises sociales

du recyclage. Ces déchets ont trop de valeur

pour être laissés dans la nature. »

 

Simon Bernard, responsable de l'expédition Plastic Odyssey.

 

Le plastique, c’est fantastique !

 

En 2018, Simon décide alors de lancer Plastic Odyssey, une expédition - à but non lucratif - de 3 ans qui partira de Corse en mars 2020. Et qui fera escale dans plus de 30 ports des pays du Sud, très touchés par la pauvreté et la pollution plastique.

Avec trois objectifs : montrer que le déchet peut devenir ressource en sensibilisant aux enjeux du tri et du recyclage, dans une optique de préservation de l’environnement ; comprendre les cultures locales pour adapter et développer ensemble les solutions afin de réduire la pollution plastique et ainsi leur assurer de meilleures conditions sanitaires ; et initier des projets à taille humaine susceptibles de développer de l’activité et des revenus dans une démarche d’économie circulaire.

Une véritable odyssée... à laquelle prendront part ingénieurs, chargés de mission sensibilisation, marins bien sûr, et même... des scientifiques dont un anthropologue. 

 

 

Un navire intelligent, la preuve par l'exemple

 

Mais la vedette, si je puis dire, au cœur de cette expédition, c’est le navire. Équipé de panneaux solaires pour alimenter les équipements électroniques, d’une coque profilée, de routage météo et d’un système de contrôle de l’énergie, il a été conçu pour une consommation énergétique optimale. Mais ce n’est que la partie immergée de la coque car, à chaque escale, le navire deviendra un atelier modulable pour favoriser le tri et le recyclage du plastique qui sera ramassé sur place. Des collectes seront, en effet, organisées et des formations au tri et au recyclage seront proposées pour convertir les déchets en objets utiles et matériaux de construction (revêtements pour le sol, habillage de façade, briques, ustensiles, meubles, etc.). Ce qui n’est pas recyclable sera transformé en carburant par pyrolyse pour avancer jusqu’à l’étape suivante. 

 

 Prototype Ulysse, navire démonstrateur de 6 mètres de Plastic Odyssey - © France 2

 

 

Un équipage engagé, savamment équipé... 

 

Pour atteindre ses objectifs, l’équipage propose des machines simples à construire, peu énergivores et faciles à réparer. Une fois testées et approuvées à bord, elles seront diffusées pour être répliquées par le plus grand nombre. Pour cela, des plans et tutoriels seront mis à disposition en open source, ainsi que des kits DIY de chaque technologie, et plusieurs machines prêtes à l’emploi seront vendues au bénéfice du projet. Parmi ces technologies qui ne cesseront d'être enrichies et adaptées, l'équipage compte en embarquer trois principales, actuellement en développement : 

 

 

 

Le capteur de tri :

Sur le même principe que certaines machines de tri industrielles, ce capteur permet d’identifier les plastiques par spectroscopie proche infrarouge (NIRS). Mais à la différence de celles-ci, il est compact, facilement transportable et coûte une fraction de leur prix. 

 

 

 

L'extrudeuse :

Derrière ce nom barbare se cache une machine facile d’utilisation, compacte et multi-usage, qui permet d’obtenir directement des produits transformés (planches, dalles, etc) en sortie plutôt que des granulés de plastique qui ont moins de valeur à l’achat. 

 

L'unité de plastique-carburant conteneurisée :

La pyrolyse plastique permet de transformer du plastique non recyclable en diesel et en essence sous l’action de la chaleur. Ce procédé qui n’inclut pas de combustion, est autosuffisant en énergie et produit un litre de combustible par kilogramme de plastique traitéLe carburant produit pourrait s’avérer être une alternative précieuse pour les petits bateaux de pêche, les mobylettes ou les générateurs diesel utilisés dans les zones rurales. Il est surtout plus « vert » que les carburants traditionnels à l'empreinte carbone élevée, puisque raffinés et acheminés à des milliers de kilomètres de leur lieu de production.

 

 

Itinéraire de l'expédition Plastic Odyssey 

 

 

 

Plastic Odyssey, une aventure qui dure

 

Depuis 2018, le projet a gagné en visibilité et en crédibilité – un prototype de démonstration du navire a été réalisé pour sensibiliser le public et les médias (voir plus haut) – tout en poursuivant le travail de R&D autour des machines décrites précédemment qui feront partie du voyage. Fin 2019, début 2020, l’achat du navire puis des tests en Mer Méditerranée sont prévus avant le grand départ au programme haletant : 3 ans d’expédition avec pas moins de 33 escales principales prévues en Afrique et Amérique Latine (2020-2021), en Asie-Pacifique (2022), puis de nouveau en Afrique (2023) soit plus de 40 000 miles nautiques parcourus. Viendra ensuite le temps du bilan et de la restitution de l’aventure à travers la réalisation d’un catalogue de solutions et de nombreux contenus autour de l’aventure. D’ailleurs, une sorte de journal de bord sera tenu au cours de l’expédition donc restez connecté.e.s.

 

 

LA POLLUTION PLASTIQUE

EN QUELQUES CHIFFRES

 

91% des déchets plastiques ne sont pas recyclés dans le monde.

 

Aujourd'hui, l'océan contient 165 000 tonnes de plastiques, un drame pour la biodiversité qui a des répercussions sur nous, humains.

 

80% de ce plastique provient de sources terrestres. 

 

Seul 1% du plastique présent dans les océans flotte.

Le reste est invisible en surface, souvent présent dans l'eau sous forme de micro-particules.

 

Changer les mentalités

 

En synthèse, cette expédition multifacette est une formidable opportunité de changer les mentalités en montrant que le déchet peut devenir ressource. Et permettre de traiter tout à la fois la question écologique, sociale et sanitaire, en développant la collaboration entre cultures, dans l’intelligence humaine.

 

Oui, la belle aventure Plastic Odyssey a de multiples vertus. Elle ne doit cependant pas nous détourner du réel objectif : limiter à son strict minimum la consommation de plastique. Il faut donc (com)prendre cette aventure pour ce qu’elle est : le partage de solutions de transition, donc imparfaites. Mais l’état d’esprit solidaire, éco-responsable, collaboratif et résolument humain que l’expédition essaimera au gré de ses escales, lui, contribue au changement de paradigme dont nos sociétés ont cruellement besoin. Alors, pour bien essaimer, il n’y a qu’une chose qu’on peut souhaiter à Plastic Odyssey, c’est « Bon vent ! ».

 

Pour en savoir plus : https://plasticodyssey.org

 

 

 

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