L'Ostrea, une monnaie génératrice de liens et soutien de l'économie locale

26.06.2019

MONNAIE - Comment dynamiser l'économie d'un territoire, créer du lien entre ses habitants et renforcer des initiatives sociales et solidaires ? En adoptant une monnaie locale, pardi ! C'est le pari qui a été fait par une association, "Les écocitoyens du Bassin" en 2016 pour apporter une dynamique plus locale au territoire tout en s'intégrant résolument dans une optique de transition citoyenne. Si l'Ostrea est à présent implantée, sa mise en place fût et continue d'être un processus au long cours que nous explique Laurent, bénévole de l'association. 

 

 

© Les Pandas Roux / droits réservés

 

 

Un sujet sur la monnaie locale, ça faisait longtemps qu'on souhaitait en proposer un chez Les Pandas Roux. C'est chose faite avec l'Ostrea, qui nous permet de nous plonger un peu plus dans cet univers économique bien particulier mais ô combien intéressant.

 

 

 

Brève genèse des monnaies locales 

 

Si l'Ostrea est née en 2016, l'émergence des monnaies locales en France, également nommées "monnaies locales complémentaires" se fait au début des années 2000 par des pionniers issus des mouvements altermondialistes ou encore écologistes. Entre volonté de réappropriation de la monnaie par les citoyens et soutien de l'économie réelle à l'échelle locale, ils posent ces principes fondateurs qui continueront d'assurer un rôle de pilier dans leur mise en place. Une première initiative voit le jour, le projet "sol" en 2005 qui essaime dans quelques villes et localités. Au fur et à mesure que les citoyens s'emparent de cette question, sa mise en place et son utilisation se facilitent et se démocratisent pour s'intégrer au mieux au territoire de déploiement. Quelques spécificités locales apparaissent également, dans la volonté de faire participer les entreprises (à Nantes, par exemple, avec SoNantes en 2014) et le plus grand nombre à l'essor de ces monnaies.

"98% des transactions se font sur les marchés financiers contre seulement 2% dans l'économie réelle." 

 

François MORIN. Le nouveau mur de l’argent.

Essai sur la finance globalisée.

(2006 - Edition du seuil)


Les monnaies locales attirent de plus en plus, notamment dans un climat post-crise financière de 2008 où les citoyens tentent de retrouver une certaine confiance dans les échanges monétaires et ce, entre autres, grâce à l'économie réelle. On retrouve, à l'heure actuelle, plus d'une soixantaine d'initiatives de ce type sur le territoire français. Du Radis au Trèfle en passant par l'Epi, le Pois ou le Grain, il y a en pour tous les goûts et toutes les localités. De quelques milliers à quelques millions d'euros en circulation, notamment pour l'Eusko, dans le Pays Basque ou la Doume, à Clermont-Ferrand, ces initiatives font à présent partie des projets d'économie sociale et solidaire encadrés par la loi.

  

 

 

Un encadrement dans la loi "Economie Sociale et Solidaire" de 2014


C'est à l'occasion du projet de loi sur l'économie sociale et solidaire que l'État français a officiellement reconnu les monnaies locales "solidaires et complémentaires" dans son objectif de "renforcement des politiques de développement durable local" et proposé des mesures d'encadrement concrètes pour leurs mises en place.

 

L'initiative doit être portée par une association qui devra ensuite gérer la monnaie pendant toute sa mise en place et son utilisation. L'association doit également faire appel à un fonds de garantie afin d'assurer les dépôts des utilisateurs, en cas de défaillance, et de maintenir une confiance dans le système financier. Par ailleurs, il est également nécessaire que les membres, utilisateurs, commerçants, prestataires puissent bien être identifiés et que le territoire de circulation de la monnaie soit délimité et précisé. La notion de parité est également très importante et, en France, chaque monnaie locale est indexée sur l'euro d'où une parité de un euro pour un "monnaie locale" sur chaque territoire. C'est pour cela que l'on parle, dans la loi, de "monnaie locale complémentaire et/ou solidaire".

"La principale fonction de la monnaie, sa justification historique est de faciliter l’échange et l’activité entre les êtres humains en établissant une unité de compte commune et en créant un espace de confiance."

 

Patrick Viveret

Quand toutes ces conditions sont réunies, il est alors possible de se lancer ! 

  

 

  

Mise en place sur le territoire : cas pratique avec l'Ostrea

 

Les initiatives de transition fleurissaient déjà sur le Bassin d'Arcachon avant l'arrivée de l'Ostrea. Mais l'association Les écocitoyens du Bassin a voulu aller encore plus loin dans la redynamisation de leur territoire en proposant cette monnaie locale et en établissant une charte de l'Ostrea que tous les membres, utilisateurs, habitants comme prestataires, doivent signer avant de rejoindre l'aventure. Une adhésion de 10€ par an et par personne est demandée afin de pouvoir commencer à dépenser ses premiers ostreas. 

 

Cette charte en définit les grands principes d'utilisation :

. dynamiser l’économie locale et l’emploi sur le territoire Bassin d’Arcachon - Val de l’Eyre,

. favoriser une production locale,

. encourager les pratiques respectueuses de l’environnement,

. développer les rapports de convivialité, de solidarité et de confiance entre tous les acteurs : consommateurs, commerçants, artisans, producteurs et autres professionnels,

. redonner du sens à la monnaie comme moyen d’échange,

. soutenir localement des projets professionnels et associatifs.

 

 

 


La circulation de l'Ostrea n'est donc pas limitée au seul Bassin d'Arcachon, lieu emblématique de la région mais bénéficie également au Val de l'Eyre dont les communes sont avoisinantes. Si les villes du bassin représentent un poids économique certain, notamment grâce au tourisme, l'utilisation d'une monnaie locale comme l'Ostrea permet de faire circuler l'économie et donc les retombées. À propos de tourisme, si cette monnaie est, comme la plupart de ses consœurs, avant tout réservée à une usage local, c'est-à-dire par les habitants et les commerçants du territoire, l'association permet également aux touristes et aux potentiels amoureux du bassin de contribuer, à leur échelle, à l'économie locale et réelle en devenant adhérent pour une somme tout à fait modique. De quoi créer de potentielles volontés d'exporter ensuite ces idées à un autre territoire pour continuer d'essaimer...

  

 

Et maintenant ? 

Si l'Ostrea comptabilise pour le moment une centaine de commerçants et producteurs partenaires ainsi que 300 adhérents, l'association ne compte pas en rester là. Une phase de relance est en cours afin d'offrir au plus grand nombre cette possibilité.

 

Par ailleurs, si confiance et économie circulaire sont relancées grâce à la monnaie, des projets professionnels et/ou solidaires sont également soutenus grâce à La Nef, le fonds de garantie utilisé pour l'Ostrea. Le fonctionnement est simple : à chaque fois que vous échangez vos euros contre des ostreas, la même somme ou presque est réservée puis destinée à un projet en cours sur le territoire nécessitant des financements. À l'heure actuelle, près de 3 projets ont vu le jour et quelques-uns sont encore en cours d'étude.

 

Une économie réellement circulaire, donc, bénéfique pour tout.te.s et ça se voit ! "Quand on arrive à se réapproprier la monnaie, et finalement, les échanges qui vont aller avec, on retisse du lien, et ça, c'est très important" nous confie Laurent, car celle-ci a un vraie rôle social qui permet de faire le liant entre toutes les initiatives portées sur le territoire, qu'elles soient associatives ou publiques. On lui laissera également le mot de la fin "Il faut, à un moment donné, réfléchir à la capacité d'un territoire à faire face à une crise qui pourrait être de nature financière. Là, on va parler de résilience sur un territoire et la monnaie locale favorisera l'amortissement d'un choc qu'il pourrait y avoir." À méditer, donc. Mais agir, surtout.

  

 

 

 

 

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