Les Bâtisseuses : inclusion, transition, réhabilitation dans le domaine de la construction

CONSTRUCTION - Entreprendre dans la construction quand on est une femme n'est jamais évident. Quand on est dans une situation précaire également. Pour palier cela, le réseau Les Bâtisseuses propose des cycles de formation pour travailler sur la réhabilitation de la confiance en soi, sur son identité, sur son estime. En prime, ce réseau d'architectes et d'urbanistes aborde ces problématiques via le travail de la terre crue, matériau résistant, résilient et écologique, présent en grande quantité sur nos territoires. Récit de leurs activités en deux épisodes avec les fondatrices Eugénie et Frédérique.

EPISODE 1 : Inclusion et transition dans la construction

© Les Pandas Roux / droits réservés

EPISODE 2 : s'inspirer du passé, réhabiliter le présent, construire l'avenir

© Les Pandas Roux / droits réservés

Inclusion, formation, construction, transition (écologique). C'est par ces objectifs, sorte de mots-clés (en rimes !), que l'on peut aborder les problématiques auxquelles le réseau Les Bâtisseuses tentent d'apporter des réponses et des solutions. Leur approche est également rendue originale par le matériau employé, qui tend à la fois à relier ces objectifs entre eux pour, ainsi, leur permettre d'interagir et d'agir. Il s'agit de la terre crue, matière que l'on trouve en abondance sur nos territoires, sous plusieurs états et compositions.

Un matériau résilient, écologique et durable

Soupçonniez-vous que, sous nos pieds gisait une ressource conséquente de matière que l'on pouvait utiliser à loisir pour construire ? Il s'agit de la terre minérale, une terre que l'on trouve en profondeur, sous les terres arables que l'on peut cultiver. Si celle-ci est composée de différents types de grains, le plus petit que l'on retrouve est l'argile. Suivant les régions, les territoires ou même en se déplaçant de quelques mètres sur un même espace, la terre aura des compositions et des couleurs différentes. Celle-ci a été utilisée pendant des années, voire des siècles (voire des millénaires, mais, que voulez-vous, n'étant ni historienne, ni spécialiste du sujet, je souffrirais d'abreuver le lecteur en fake news) pour construire un peu partout dans le monde des habitats, des bâtiments, des infrastructures dont la solidité n'est plus à prouver.

Exemple de construction en terre crue pour Paris Habitat

© Les Bâtisseuses

Écologique, c'est un autre atout de la terre crue. Si ce matériau, une fois, excavé, est considéré comme déchet par la réglementation, les fondatrices des Bâtisseuses ne sont pas tout à fait de cet avis. "C'est une grâce pour les territoires" nous indique même Eugénie. En effet, pas besoin d'ajouter à cette matière d'autres matériaux contraignants ou polluants pour en faire un support de construction solide et elle peut être utilisée directement sur place ou à proximité du chantier d'où elle a été extraite en premier lieu, ce qui enlève la pollution causée bien souvent aux transports. "C'est un matériau courant qui est là sous nos pieds, il n'y a pas de rareté" confirme Frédérique peu après. Afin de pouvoir l'utiliser à grande échelle, des actions de tamisage, d'analyse, de caractérisation de la matière pourront être nécessaires. Peu de matières ajoutées mais de l'huile de coude donc pour faire prospérer également l'économie en parallèle de l'écologie.

- Exemple des travaux du Grand Paris -

"D’ici à 2030, le creusement des 200 km de tunnels autour de la capitale et des accès de secours, ainsi que l’édification des gares vont de fait générer quelque 43 millions de tonnes de déblais."

Source Le Monde

Et, enfin, un matériau durable et résilient car il est possible de réemployer la terre crue presque indéfiniment, sans polluer le sol ni le lieu. Vous pouvez remodeler vos briques presque à l'infini avec un peu d'eau et de patience pour le temps de séchage. Une seule question reste, cependant : alors qu'on la retrouve sous plusieurs états : sèche, humide, dure, etc., pourquoi qualifie-t-on la terre crue de crue ? Eugénie nous éclaire "c'est tout simplement qu'elle n'est pas cuite". Comme dirait l'autre "on s'endormira moins bête ce soir".

Inclusion du féminin, réhabilitation de la confiance

Si le mot construction fait en premier lieu appel au champ lexical du bâtiment et de l'habitat, il ne faut pas négliger son rapport à l'humain et à son épanouissement. C'est bien dans le domaine de la construction (ou la reconstruction) de son identité et de la confiance en soi que le réseau Les Bâtisseuses souhaite également apporter des points de repères, grâce aux savoirs et au maniement de la terre transmis via des cycles de formation.

"Il s'agit de permettre la création d'un espace pour

l'expression d'un potentiel".

Eugénie N'Diaye, co-fondatrice des Bâtisseuses

Les bénéficiaires de ces processus d'insertion et d'inclusion sont en premier lieu des femmes mais aussi des personnes réfugiées ou en situation précaire, éloignées du milieu de l'emploi et, plus encore, du milieu de la construction. Milieu historiquement masculin, y rentrer peut effrayer, d'autant plus si on n'a pas les codes, le savoir ou la connaissance que ces métiers peuvent nous plaire. "Il s'agit de permettre la création d'un espace pour l'expression d'un potentiel" précise Eugénie. Ces formations offrent aussi la possibilité de questionner la relation à la production, à la construction des villes, au travail en donnant cet espace nécessaire d'expression et d'égalité, pour que chacune et chacun puissent y évoluer sereinement. Cette réhabilitation se fait par l'espace, la confiance, la connaissance mais aussi par le travail sur le matériau. "On travaille la terre, c'est une matière que l'on peut travailler et retravailler encore. On voit que l'on peut construire donc que l'on peut participer à la construction de son propre cadre de vie. (...) On mise aussi beaucoup sur le dialogue. Si un chantier a été bien préparé, qu'on est cohérent en tant que groupe, si on a construit un dialogue, ce qu'il reste à la fin, c'est l'accomplissement et c'est la création qui comptent" confie Frédérique.

© Les Bâtisseuses / Joanne Massoube

Sur ce point mais également sur celui de la production, d'autres connaissances sont partagées, ce que nous donne à entendre Frédérique : "on décrypte toutes les étapes de l'activité. Certaines sont pénibles mais, d'un autre côté, on les fait quand on sait qu'on ne va dépendre de personne d'autre. Par exemple, on sait faire toute la formulation des terres, on sait créer une couleur à partir d'une matière brute. Ne pas dépendre d'un achat, d'un fournisseur pour opérer cette action, c'est une liberté, en fait. Ca remet la personne et son savoir au centre de l'activité." ajoute-t-elle. Une réhabilitation de la confiance en plusieurs étapes donc, pour aborder un nouveau parcours ou une nouvelle tranche de vie pour les personnes qui bénéficient de la formation, que cette vie soit personnelle ou professionnelle.

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