Le RECHO, restaurer le monde en restaurant les hommes

SOLIDARITÉ & ALIMENTATION - Pendant l'été 2016, quelques cuisinières démarraient à Grande-Synthe un projet solidaire autour de la cuisine comme langage universel. Habitants des alentours, locaux et réfugiés étaient invités à se retrouver pour préparer des repas, partager ainsi des moments de vie et participer à la création d'un lien social. Quelques années plus tard et bon nombre d'ateliers participatifs au compteur, l'association du RECHO a bien grandi et fait des petits : un restaurant engagé dans un lieu emblématique de l'ESS à Paris et une activité de traiteur solidaire qui permettent d'accueillir des réfugiés en insertion professionnelle. Explications avec Vanessa, l'une des co-fondatrices cuisinières.

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C'est aux Cinq Toits que nous avons rendez-vous pour rencontrer Vanessa et découvrir La Table du Recho. Ancienne caserne de gendarmerie devant être reconvertie en logements sociaux, ce lieu est situé dans le 16e arrondissement de Paris. Comme pour l'emblématique projet des Grands Voisins à Denfert-Rochereau, les clés ont été confiées à l'association Aurore pour y accueillir familles et réfugié.e.s dans l'attente des travaux, appuyée par le duo Plateau Urbain & Yes We Camp. Comme aux Grands Voisins, dès que l'on passe le porche, on s'y sent tout de suite bien. Ce que nous prouve la communauté d'usager.e.s regroupant associations ou entreprises à même de faire vivre cet espace tout en développant des activités contribuant au bien-être des résident.e.s et ouverts aux habitant.e.s du quartier Excelmans. A l'instar d'autres sites partageant le même destin en région parisienne, c'est un écosystème solidaire, d'entraide et d'économie circulaire que nous pouvons retrouver ici et qui s'est rapidement développée à l'ouverture du lieu dans un arrondissement peu doté en initiative de la sorte. Même sous la pluie fine de ce mois de février, l'ambiance y est chaleureuse et on a envie d'y rester. Ça tombe bien, une petite place nous attend à La Table du Recho, le restaurant engagé des Cinq Toits qui s'est installé ici à l'été 2019 avec la volonté de poursuivre ses actions solidaires se basant sur la cuisine comme langage universel.

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Avant la Table né le Recho

Les débuts du Recho dont l'acronyme vient de REfuge - CHaleur - Optimisme remontent à 2016, quand Vanessa, cuisinière, décide de mettre ses compétences et son expérience au profit des migrants. Le but ? Redorer le blason de l'hospitalité et faire en sorte que ce mot ne soit plus dévoyé. Le mot passe, une amie cuisinière la rejoint puis d'autres, artistes, profs ou encore interprètes, qui se regroupent autour d'elle. C'est un collectif de 12 femmes, de 25 à 35 ans toutes désireuses d'aider à réparer et réconforter qui se met en ordre de bataille pour venir en aide aux réfugiées et restaurer les hommes en restaurant le monde. A Grande-Synthe, où un camp de migrants s'est installé dans le Nord de la France, se mettent en place les premiers ateliers participatifs où le Recho, avec des bénévoles souvent locaux viennent en aide et où les rejoignent des migrants ayant trouvé refuge dans le camp. Le langage universel de la cuisine fonctionne, la rencontre se produit et les participants se restaurent le corps et le coeur autour, souvent, de grands buffets à prix libre.

"Restaurer le monde en restaurant les hommes."

"Dédramatiser la rencontre et se servir du langage universel de la cuisine comme un vecteur". C'est un des credo de l'association et preuve qu'il fonctionne, ces ateliers participatifs se sont poursuivis un peu partout où, en France et en Europe, un accueil digne des personnes réfugiées et/ou exilées était nécessaire. L'aventure continue à présent aux Cinq Toits, à Paris, pour le plus grand bonheur des estomacs des résidents et des voisins.

Une Table engagée et solidaire

C'est donc depuis quelques mois que l'association officie de manière régulière dans son restaurant. Un restaurant pas comme les autres, bien sûr, où sept personnes en situation de précarité (réfugiées, exilées, demandeurs d'asile, mais comme dirait Vanessa "leur situation administrative n'est pas notre priorité") sont formées à la fois aux métiers de la cuisine et aux métiers de la salle, afin de leur donner à voir et à connaître toutes les facettes de cet univers et qu'ils et elles puissent, après ces formations, rejoindre des brigades et des restaurants là où ils le souhaiteront. Autant de possibilités de nouveaux départs proposées par l'association pour continuer de restaurer ces hommes et ces femmes et leur assurer une stabilité.

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Et ce n'est pas là, le seul engagement du restaurant. Comme l'indique Vanessa, "notre volonté d'aider, d'accompagner des personnes en situation précaire va vraiment de pair avec l'idée que l'on ne peut pas faire de la cuisine sans avoir conscience que faire une assiette, son contenu, est un acte politique, social, écologique, sociétal." La localisation de la Table du Récho, au coeur de cet écosystème social et solidaire que représente les Cinq Toits est donc parfaite. Les cuisiniers se fournissent par exemple des pleurotes cultivées dans les cachots de l'ancienne caserne par Biofield, tandis que l'entreprise Poiscaille approvisionne en poissons, fruits de mer et crustacès, pêchés de manière responsable par des petits pêcheurs français. Côté produits artisanaux, si Péligourmet ne réside pas -encore- à la caserne, c'est bien cette entreprise qui a développé le covoiturage de produits régionaux en direct de petits producteurs qui fournit la Table. C'est donc une cuisine de produits frais, de saison, bio à 99% qui régale résidents et voisins.

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"Je ne peux pas bouger une brique sans voir toutes les autres qui sont imbriquées" confesse Vanessa et c'est ce qui pousse l'association à penser global chaque acte local. Pour compléter, les voisins, visiteurs et habitants du quartier peuvent également contribuer à la solidarité en achetant des tickets suspendus qui bénéficieront aux plus démunis pour manger ou encore des petits bouquets confectionnés par l'entreprise d'insertion Du Pain et des Roses qui forment des femmes en situation de précarité au métier de fleuriste.

De la Table au food truck

Bonne nouvelle pour vos palais, ce n'est pas seulement à La Table du Recho que vous pouvez profiter de la cuisine développée par l'association. Le Recho, en parallèle de la table, c'est aussi une activité florissante de traiteur solidaire. Celle-ci est déjà bien développée (preuve en leur présence en tant que traiteur officiel de l'événement star de l'hiver en matière de transition, le Change Now Summit qui prenait place au Grand Palais fin janvier à Paris) mais l'activité en constant développement oblige l'équipe à pousser les murs et envisager de trouver un nouveau laboratoire de confection plus grand pour accueillir son équipe.

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Autre bonne nouvelle, l'association et son food truck apprécient également les événements éphémères ou autres lieux "pop up". Nous pouvons donc les retrouver régulièrement lors de festivals ou de manifestations ponctuelles, à Paris mais aussi ailleurs en France comme lors d'un "Grand Recho" qui a eu lieu à l'occasion du festival de la cuisine solidaire à Arras. Vous ne pourrez donc pas dire qu'on ne vous avait pas prévenu sur toutes les opportunités de goûter cette délicieuse cuisine tout en étant solidaire et responsable !

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