Red Love Festival : les personnes rousses ont leur festival !

FESTIVAL - Représentant 2% de la population mondiale, les roux continuent de faire l'objet de discriminations, d'insultes ou même, parfois, de violences physiques. Pascal Sacleux, lui-même roux et photographe a entamé un 2016 un travail de portraits de gens roux en Bretagne qui a permis à ces personnes de se rencontrer et d'échanger avec leurs pairs. Devant ce succès, il a décidé de se lancer dans l'organisation du Red Love Festival, premier rassemblement de roux, rousses mais aussi non-roux et non-rousses en France et dont la prochaine édition se tiendra le 24 août 2019. Il répond à nos questions.

© Marina Beudin

Fort du succès de la première édition du festival le 25 août 2018, les bénévoles ont décidé de rempiler pour une 2e année, qui se veut rassembleuse, musicalement diverse et riche en animations pour tou.te.s. Chez Les Pandas Roux, on doit dire qu'on a bien aimé l'idée (vous suivez ?) alors, quand Pascal nous a sollicités, nous avons été ravis de s'entretenir avec lui pour en savoir plus sur l'origine du projet et son impact : solidarité, inclusivité, non discrimination et une belle fête à la clé, nous voilà comblés.

Les Pandas Roux : Comment est née l'idée de ce festival ?

Pascal Sacleux : Ce festival, c’est le fruit d’une évolution. À partir de 2016, j’ai commencé à photographier des personnes rousses. J’en ai fait une exposition à Rennes qui a suscité un énorme engouement de la presse, ce qui a été une surprise pour moi, je ne m’y attendais pas. En fait, quand j’ai démarré ce projet, étant roux moi-même, je me suis aperçu que le sujet était clivant et j’ai découvert qu’il y avait plein de personnes rousses qui étaient malheureuses dans leurs conditions. Donc j’ai continué de photographier des gens au-delà de l’exposition. Avec la blogueuse Elodie Roux-Guyomard (La vie en rousse), on a décidé de faire un livre (publié aux Editions Goater), accompagnés de la rédactrice Marie-Savine Colin. Ce livre est en fait un état des lieux sur la condition des personnes rousses en France aujourd’hui.

© Pascale Limarola

LPR : Quelles sont les découvertes que vous avez pu faire ? Quelles sont les discriminations, les clichés que vous avez pu mettre en lumière ?

P.S : J’ai découvert qu’en France, depuis au moins le Moyen-Âge, la condition des roux était vraiment difficile. Les roux sont moqués, harcelés, voire même agressés physiquement ou verbalement pour certains. La souffrance est donc complexe à gérer selon le degré de vulnérabilité de la personne, son âge, le moment de sa vie où elle est victime de ces insultes.

Et en effet, après avoir rencontré et photographié 966 personnes de 2 mois à 84 ans, Pascal peut commencer à déterminer une certaine tendance générale au travers de leurs histoires, racontée dans le livre où se mêlent également rappel historique et témoignages des participant.e.s.

Pour Pascal, ces souffrances souvent cachées, « c’est un peu comme si vous souleviez le tapis et que vous découvriez toute la poussière. La condition d’une personne rousse en France n’est vraiment pas toujours facile. Et moi, j’ai voulu communiquer là-dessus, en tant que photographe, mon travail était de faire des beaux portraits sans ajouter à cela un esprit revanchard, plutôt pour aller de l’avant et souligner la formidable envie qu’ont les roux.sse.s d’exister autrement. J’ai voulu leur dire « regardez-vous, vous êtes beaux belles, foncez ! »

LPR : Comment se déroulaient la réalisation des photos ?

P.S : En fait, je donnais rendez-vous aux gens par voie de presse, en annonçant dans quelle ville je me trouverais et à quelle heure, que les roux qui souhaitent se faire photographier viennent, sachant que je le faisais de manière gratuite. Et les gens venaient. Je me suis retrouvé, comme à Saint-Brieuc, avec 150 personnes donc ça faisait du boulot. Mais les gens venaient, ils voulaient être là et ils étaient contents d’être là, ce qui ajoutait de la magie au moment. On était quand même très peu à avoir déjà vu autant de personnes rousses réunies au même endroit, au même moment puisque les roux souffrent, avant tout, de l’isolement. Vu que tout le monde passait un bon moment dans une bonne ambiance, je me suis dit « créons cela mais puissance 10, pendant un festival ». Et donc en août 2018, après beaucoup de travail, on a organisé le premier Red Love Festival à Châteaugiron, au sud de Rennes.

LPR : Revenons sur la première édition du festival, comment s’est-elle déroulée ?

P.S : La collaboration avec la ville de Châteaugiron s’est super bien passée et plus de 1500 personnes sont venues au festival. Surtout, nous avons été envahis par la presse, à notre grande surprise que ce soit avant ou pendant la journée. L’AFP est venue et, grâce à cette couverture, on s’est ensuite retrouvé jusqu’aux Pays-Bas, aux Philippines, en Uruguay, c’est énorme !

C’était la première fois que ça avait lieu en France donc on existe aussi auprès des organisateurs des autres rassemblements de roux.sse.s, qui sont venus à cette occasion voir comment ça se passait et on a eu des gens de partout en France mais même d’Espagne, de Belgique, du Royaume-Uni.

© Marina Beudin

LPR : Festival inclusif s’il en est, vous accueillez bien sûr les roux.sse.s mais également tous les autres…

P.S : Moi, c’est mon credo. Comme photographe, j’ai bossé avec beaucoup de minorités visibles, des gens qui socialement, pouvaient souffrir. Et, à l’inverse de certains rassemblements en Europe pour les personnes rousses, je voulais vraiment être en mesure de pouvoir accueillir tout le monde, de réunir un maximum de gens autour de la question rousse. Je communique beaucoup là-dessus pour la deuxième édition. On va avoir des artistes roux comme des artistes non-roux. Mais l’année dernière, les non-roux ont cru qu’ils ne pouvaient pas venir alors cette année, on a dû ajouter que c’était vraiment ouvert à tou.te.s, roux et non-roux !

L’important, c’est vraiment pour moi d’échanger, de partager, des personnes roux.sse.s et non-roux.sse.s et que tout le monde se sente bien. Se sentir bien. Pour moi, combattre une discrimination, c’est les combattre toutes, en fait.

LPR : Alors, justement, quel est le programme du Red Love Festival cette année qui se tiendra le 24 août prochain ?