Red Love Festival : les personnes rousses ont leur festival !

30.07.2019

FESTIVAL - Représentant 2% de la population mondiale, les roux continuent de faire l'objet de discriminations, d'insultes ou même, parfois, de violences physiques. Pascal Sacleux, lui-même roux et photographe a entamé un 2016 un travail de portraits de gens roux en Bretagne qui a permis à ces personnes de se rencontrer et d'échanger avec leurs pairs. Devant ce succès, il a décidé de se lancer dans l'organisation du Red Love Festival, premier rassemblement de roux, rousses mais aussi non-roux et non-rousses en France et dont la prochaine édition se tiendra le 24 août 2019. Il répond à nos questions.

 

 

© Marina Beudin

 

Fort du succès de la première édition du festival le 25 août 2018, les bénévoles ont décidé de rempiler pour une 2e année, qui se veut rassembleuse, musicalement diverse et riche en animations pour tou.te.s. Chez Les Pandas Roux, on doit dire qu'on a bien aimé l'idée (vous suivez ?) alors, quand Pascal nous a sollicités, nous avons été ravis de s'entretenir avec lui pour en savoir plus sur l'origine du projet et son impact : solidarité, inclusivité, non discrimination et une belle fête à la clé, nous voilà comblés. 

 

 

Les Pandas Roux : Comment est née l'idée de ce festival ? 

 

Pascal Sacleux : Ce festival, c’est le fruit d’une évolution. À partir de 2016, j’ai commencé à photographier des personnes rousses. J’en ai fait une exposition à Rennes qui a suscité un énorme engouement de la presse, ce qui a été une surprise pour moi, je ne m’y attendais pas. En fait, quand j’ai démarré ce projet, étant roux moi-même, je me suis aperçu que le sujet était clivant et j’ai découvert qu’il y avait plein de personnes rousses qui étaient malheureuses dans leurs conditions. Donc j’ai continué de photographier des gens au-delà de l’exposition. Avec la blogueuse Elodie Roux-Guyomard (La vie en rousse), on a décidé de faire un livre (publié aux Editions Goater), accompagnés de la rédactrice Marie-Savine Colin. Ce livre est en fait un état des lieux sur la condition des personnes rousses en France aujourd’hui.

 

© Pascale Limarola

 

LPR : Quelles sont les découvertes que vous avez pu faire ? Quelles sont les discriminations, les clichés que vous avez pu mettre en lumière ?

 

P.S : J’ai découvert qu’en France, depuis au moins le Moyen-Âge, la condition des roux était vraiment difficile. Les roux sont moqués, harcelés, voire même agressés physiquement ou verbalement pour certains. La souffrance est donc complexe à gérer selon le degré de vulnérabilité de la personne, son âge, le moment de sa vie où elle est victime de ces insultes.

 

Et en effet, après avoir rencontré et photographié 966 personnes de 2 mois à 84 ans, Pascal peut commencer à déterminer une certaine tendance générale au travers de leurs histoires, racontée dans le livre où se mêlent également rappel historique et témoignages des participant.e.s.

 

Pour Pascal, ces souffrances souvent cachées, « c’est un peu comme si vous souleviez le tapis et que vous découvriez toute la poussière. La condition d’une personne rousse en France n’est vraiment pas toujours facile. Et moi, j’ai voulu communiquer là-dessus, en tant que photographe, mon travail était de faire des beaux portraits sans ajouter à cela un esprit revanchard, plutôt pour aller de l’avant et souligner la formidable envie qu’ont les roux.sse.s d’exister autrement. J’ai voulu leur dire « regardez-vous, vous êtes beaux belles, foncez ! »

 

 

LPR : Comment se déroulaient la réalisation des photos ?

 

P.S : En fait, je donnais rendez-vous aux gens par voie de presse, en annonçant dans quelle ville je me trouverais et à quelle heure, que les roux qui souhaitent se faire photographier viennent, sachant que je le faisais de manière gratuite. Et les gens venaient. Je me suis retrouvé, comme à Saint-Brieuc, avec 150 personnes donc ça faisait du boulot. Mais les gens venaient, ils voulaient être là et ils étaient contents d’être là, ce qui ajoutait de la magie au moment. On était quand même très peu à avoir déjà vu autant de personnes rousses réunies au même endroit, au même moment puisque les roux souffrent, avant tout, de l’isolement. Vu que tout le monde passait un bon moment dans une bonne ambiance, je me suis dit « créons cela mais puissance 10, pendant un festival ». Et donc en août 2018, après beaucoup de travail, on a organisé le premier Red Love Festival à Châteaugiron, au sud de Rennes.

 

 

LPR : Revenons sur la première édition du festival, comment s’est-elle déroulée ?

 

P.S : La collaboration avec la ville de Châteaugiron s’est super bien passée et plus de 1500 personnes sont venues au festival. Surtout, nous avons été envahis par la presse, à notre grande surprise que ce soit avant ou pendant la journée. L’AFP est venue et, grâce à cette couverture, on s’est ensuite retrouvé jusqu’aux Pays-Bas, aux Philippines, en Uruguay, c’est énorme !

 

C’était la première fois que ça avait lieu en France donc on existe aussi auprès des organisateurs des autres rassemblements de roux.sse.s, qui sont venus à cette occasion voir comment ça se passait et on a eu des gens de partout en France mais même d’Espagne, de Belgique, du Royaume-Uni.

 

© Marina Beudin

 

LPR : Festival inclusif s’il en est, vous accueillez bien sûr les roux.sse.s mais également tous les autres…

 

P.S : Moi, c’est mon credo. Comme photographe, j’ai bossé avec beaucoup de minorités visibles, des gens qui socialement, pouvaient souffrir. Et, à l’inverse de certains rassemblements en Europe pour les personnes rousses, je voulais vraiment être en mesure de pouvoir accueillir tout le monde, de réunir un maximum de gens autour de la question rousse. Je communique beaucoup là-dessus pour la deuxième édition. On va avoir des artistes roux comme des artistes non-roux. Mais l’année dernière, les non-roux ont cru qu’ils ne pouvaient pas venir alors cette année, on a dû ajouter que c’était vraiment ouvert à tou.te.s, roux et non-roux !

 

L’important, c’est vraiment pour moi d’échanger, de partager, des personnes roux.sse.s et non-roux.sse.s et que tout le monde se sente bien. Se sentir bien. Pour moi, combattre une discrimination, c’est les combattre toutes, en fait.  

 

 

LPR : Alors, justement, quel est le programme du Red Love Festival cette année qui se tiendra le 24 août prochain ?

 

P.S : On a Vaudou Game en tête d’affiche, on accueille également Afrodite, un groupe d’electro-soul de Nantes, du rock nous venant de Paris avec Synapse, Super Glitter, tribute band d’Abba ou encore un groupe de trip-hop venant de Normandie, les Kobutsune… Et dans le désordre, on ouvre aussi le festival avec le Bagad de la ville de Châteaugiron puisqu’ils nous accueillent.  

 

© Pascal Sacleux

 

Un beau programme musical mais pas que ! Red Love accueillera également des animations tout au long de la journée. On retrouvera par exemple exposées les photos de Pascal, un défilé de robes de mariées, des jeux traditionnels en bois [NDLR : chez les Pandas Roux, on adore] et, le clou inclusif de la journée, des stands de nourriture du monde qui raviront tous les palais, des viandards aux vegans. Pour étancher sa soif, Correff, brasserie bretonne, prépare en exclusivité une collection limitée de bières…rousses, bien sûr !

 

Comme dirait Pascal, c’est une espèce de « Woodstock rouge, en quelque sorte. »

Pour retrouver le programme complet, c'est par ici : https://www.redlovefestival.org/programme-program

 

 

LPR : Comment ce festival et ce travail quotidien de mise en valeur des personnes roux.sses ont pu contribuer à améliorer leur quotidien ?

 

P.S : Il y a eu l’effet que les photos ont eu sur les gens eux-mêmes, il y a une espèce de thérapie par le portrait, les gens ont eu une très mauvaise image d’eux-mêmes, et quand vous faites des beaux portraits, ça les réconcilie avec l’image qu’ils ont d’eux. Souvent, dans les témoignages que j’ai pu recueillir, les personnes n’avaient réussi à s’accepter que quand elles avaient rencontré l’amour. C’est la preuve que l’on peut plaire à quelqu’un donc on se plaît à soi-même. Mais encore faut-il que ça arrive… Pascal poursuit sur cet aspect : « de même, je publie les photos sur ma page Facebook et il y a un engouement parce que les gens sont reconnus par leurs pairs, ils créent une sorte de communauté et peuvent se sentir rassurés. » Le travail sur les photos a déclenché une forme de processus : on ose, on se plaît et une connexion, un partage commencent à se mettre en place et une vraie solidarité se dégage.

 

© Alexandre Finance

 

En effet, Pascal évoque une anecdote à laquelle il a été confronté il y a peu sur Internet via une page sur laquelle les personnes roux.sse.s étaient moquées. Levée de bouclier de la part de celles-ci qui ont réussi à faire retirer ces blagues de mauvais goût. Sans être une communauté, les personnes roux.sse.s commencent à revendiquer leurs statuts de personnes comme d’autres.

 

 

LPR : Quel est le coup d’après pour le festival, pour les futurs regroupements de roux et rousses de France ?

 

P.S : Personnellement, je vais continuer de photographier, roux comme non-roux car je crois beaucoup à cette notion de thérapie par le portrait. D’ailleurs, j’en suis à 966 portraits de personnes roux.sse.s et j’aimerais bien photographier la millième personne à l’occasion du festival ! De ce côté, l’organisation est entièrement gérée par des bénévoles donc si cette 2e édition marche bien, on va essayer de tendre vers une professionnalisation parce que cela demande beaucoup de temps, beaucoup d’énergie à mettre en place. Il y a également la possibilité de tendre vers une version « hiver » du festival, en plus de celle de l’été. J’ai été contacté par une station de ski dans le Jura, la station Les Rousses qui existe depuis 1970 dont la mascotte est un renard et qui sont devenus partenaires du festival cette année. A partir de 2021, on ferait donc une version été à Châteaugiron, une version hiver là-bas.

 

 

LPR : Un dernier message à faire passer ?

 

P.S : Les roux.sses ne font de mal à personne. On est comme les autres, avec la même part d’escrocs et de danseuses étoiles qu’ailleurs. Et faites attention, car si vous décidez d’avoir un enfant maintenant, vous avez 3% de chances d’avoir un enfant roux en France 😉.

 

 

LPR : Le Red Love Festival en un tweet ?

 

P.S : Red Love, le festival bon esprit !

 

© Pascal Sacleux

 

 

 

 

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